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Une carte non datée, affichée dans les locaux de l’École de voile de Mesquer (CNQ) indique l’emplacement et le nom de vingt quatre rochers situés sur le rivage de notre commune... 

Grands et petits, les pêcheurs-amateurs connaissent ces rochers pour les trésors de crabes, bouquets, palourdes... Ils y ont leurs habitudes : au «Lanngui», c’est le congre qu’ils viennent pêcher aux grandes marées, génération après génération, au «Trou du filet», ils espèrent que les petites crevettes grises seront encore au rendez-vous... Tous ces rochers ont des noms inspirés par leur forme, la faune, la flore, des usages locaux... mais d’où viennent-ils ces noms et pourquoi ?

Donner un nom un lieu : c’est aussi se l’approprier en est-il de même pour les rochers ...

Plage après plage en commençant par le traict de Merquel et en allant jusqu’à la pointe de la Croix au bout de Lanséria, notre petit groupe les a photographiés, a interrogé les plus anciens, exploré les archives, est allé  à la «pêche» aux informations...

Nous vous invitons à nous suivre à pas de géant sur ces rochers, en partant du traict de Merquel en passant par la baie des barges, Sorloch, le Cabonnais , Beaulieu et Lanséria 

La Potée de beurre  Cette appellation est relativement répandu, ainsi au large port-Louis(Lorient), on trouve La Pottée de beurre et au large de Saint Malo, les pots de beurre. Faut-il y voir une référence culinaire liée au beurre dans la culture bretonne?

Le Rocher Préhel et la Balise du cochon sont situés entre la pointe de Merquel et la pointe de Pen Bé à la sortie du traict. Ce toponyme viendrait du breton perhél, pluriel de  porc‘hell(pourceau), autrement dit c‘est le rocher des Pourceaux. C’est sans doute la raison pour laquelle la balise qui le surmonte s’appelle la balise du Cochon.C’est aussi ce que notait Erwan Vallerie en 1995 dans «Toponymes de l’ouest du pays nantais».

La Basse de la chapelle, entre la plage de Sorloch et la baie des barges, c’est probablement la chapelle de Merquel située dans son axe qui lui donne son nom. Le glossaire de la voile et de la mer définit ainsi la basse : «Banc de roches formant un bas-fond. En principe, une basse ne découvre pas, même à marée basse, mais elle peut soulever la houle et faire travailler la mer, la rendre hachée. Les basses sont fréquemment recherchées par les pêcheurs, qui y trouvent semble-t-il plus de poissons qu'ailleurs.»

Île du loch, en breton loc’h : étang littoral, allusion aux prés inondés situés à l’ouest des marais salants (saline de Kerbernard) et autrefois, régulièrement inondés.

Pointe de Cap nord, ce rocher est ainsi nommé en fonction de sa situation géographique face au nord.

Le Raguiné est un rocher situé en face de la pointe de Sorloch. Ce toponyme, qui existe également à Bréhat, dans les Côtes d’Armor, et à Névez, dans le Finistère, indique un îlot rocheux que l’on peut rejoindre à pied sec à marée basse. Il viendrait du breton: ragenez (devenu raguenez puis raguiné) composé de rag : adjacent, ou devant, et enez: île, que l’on pourrait traduire par l’îlot d’à côté, ou l’îlot séparé du continent à marée haute.

Île du Lann Gui, en breton lann = lande et gui ou guy (guic) = village : ce rocher situé dans la baie du Cabonnais, face au «Lannguy» resterait une énigme sans ce lecteur qui nous propose une réponse plus adaptée : ce rocher reprend le nom d'une terre figurant au cadastre, Le Lanneguy, toponyme breton fort commun représentant un pluriel en -i de LANNEG, "landier". 

Les Crasses, toponyme régulièrement utilisé pour nommer ces rochers «à fleur d’eau» dangereux et difficilement repérables pour les navigateurs. À Penestin, on retrouve les Crasses de Loscolo et les Crasses de l’île noire présentant le même caractère de dangerosité.

L’esclus,du breton: skluz, (pluriel skluziou) = écluse. Il s’agit d’une sorte de bassin naturel dont les bajoyers sont formés de rochers parallèles, et que l‘on peut fermer côté mer, formant ainsi un bassin de rétention d‘eau de mer….et de poissons ! On retrouve le terme esclus à Muzillac au lieu-dit Penesclus, (le bout de l’écluse). Cet ouvrage empêchait l’eau de mer de remonter dans le ruisseau St Eloi, issu de l’étang d’eau douce de Pen Mur.

Passe du nord, désigne ces rochers situés au nord, de part et d’autre du goulet formant un passage étroit, naturel permettant une navigation plus sûre.

Le Champ de choux, serait-ce une allusion à «l’obione» vulgairement appelé «choux des marais» ou «faux pourpier» ?

Île des Forges : Faut-il y voir une allusion à la forme de la forge de Quimiac tenue par les "Jugeau" de père en fils tout au long du au 19éme siècle ?

Balise du bonnet du curé, ce toponyme nous a bien intrigué car le rocher supportant cette balise latérale n’a pas à priori la forme d’un «barrette» ou de tout autre bonnet de curé. Il est possible que ce nom fasse allusion aux fusains vulgairement appelé «bonnet de curé» qui sont si fréquents à Mesquer. Mais rien n’est définitif...

Le Caillou à Dechauffour : il existait autrefois un rocher portant le nom d’une famille de marins installée à Quimiac. Ce rocher fut arasé pour faciliter l’accès au Toulru. Dans un compte-rendu du Conseil Municipal (fin 19ème), on apprend que c’est dans la baie du Toulru que «les vieux marins de Mesquer se livrent à la pêche et amarrent leurs bateaux...». De là, à donner au rocher le nom d'un "habitué", pourquoi pas ?

La Tortue, c’est bien entendu sa forme qui a donné son nom à ce rocher, même si au fil des ans, l’érosion est passée par là...

Les  Grognes, en regardant de plus près les appelations des rochers sur les côtes bretonnes, on remarque que beaucoup de noms font allusion au bruit des vagues se brisant sur les rochers. à Belle île "la Truye du sud" au large de Lorient "les Truies", le "Cochon de Groix" font allusion au grognement de cet animal... Est-ce le cas ici? 

Le Bouillon de Jarnotte ou Tarnotte selon les sources, pourrait bien être le lieu où un mesquerais surnommé Tarnotte ou Jarnotte prit un jour un «bouillon»... Dans la langage parlé, «prendre un bouillon» est synonyme de «tomber à la «baille». Mais ce ne sont là que des suppositions, merci à tous les contributeurs qui pourraient nous permettre d’être plus précis.

IMG_2448  La Fontaine de Jabot rouge est un filet d’eau s’écoulant tout au long de l’année par une faille d’une falaise peu élevée, située sur la plage du moulin de Beaulieu. Pour la petite histoire, le dernier meunier de Beaulieu aurait été affublé de ce surnom «Jabot rouge» en référence semble-t-il au nom de famille de son épouse. Le meunier avait-il l’habitude de venir s’y installer pour une petite sieste tranquille comme dans la chanson enfantine, qui pourrait le dire?

Île du port Velin, en breton Velin =Melin signifie moulin. Ce toponyme fait référence au moulin de Beaulieu situé sur la falaise à 50 mètres à vol d’oiseau de ce rocher .

Le Cul du four est le nom d’un rocher situé à l’extrémité nord de la plage de Lanséria ; son nom peut être rapporté à sa forme qui rappelle l’extrémité supérieure du four à pain. Par extension un cul de four en architecture est une voute en forme de quart de sphère ressemblant au fond d’un four à pain.

Le Trou du filet, une carte postale ancienne nomme déjà ainsi ce rocher..

Île de Praderoi  : ce toponyme fait probablement allusion à sa proximité du hameau de Praderoi qu’on écrivait, au XVème siècle, Pradrouais(Prad Roué) - le Pré du Roi.
Toutefois, le nom de Praderoi pourrait se prêter à une autre étymologie en s’écrivant Prad er houat, ou Prad er houet, le pré du bois, comme dans le Morbihan Prad er houat en Landevant. Les similitudes sont telles entre nos noms de lieux et ceux du Morbihan que cette dernière version paraît aussi plausible.

Le Courant de L’étang semble être le nom d’un lieu côtier, et non le nom d’un rocher, qui se trouve en face de la petite plage de Kersauvage située, elle-même, au sud de la plage de Lanséria. Les terres, qui se situaient derrière cette plage, appartenaient au domaine de Soursac, aujourd’hui loti et traversé par les routes. En son milieu, se trouvait un étang (qui existe toujours)et dans lequel les enfants du secteur allaient pêcher la grenouille.. Lors des fortes pluies, l’étang vidait son trop-plein, formant un courant d’eau, vite grossi par les ruissellements avoisinants. Cette eau se déversait en abondance sur la plage de Kersauvage, au travers d’une ouverture arrondie dans le grand mur qui longe la plage, charriant dans son flot de grande quantité de sable ; elle finissait sa course en se glissant dans un lit, bordé par les rochers de Kersauvage, qui a pris comme nom « Le courant de l’étang ». D’autres  parlent de « La coulée de l’étang ».

Qu'il nous soit permis d'évoquer quelques rochers de Mesquer dont les noms n'apparaissent pas dans cette liste...

La Basse de Beaulieu décrite par Joanne fin 19 ème siècle avec beaucoup de précisions ne livre cependant aucun nom de rochers : "Basse de la côte sud de Bretagne, dans les parages de Mesquer... Cette basse qui a plusieurs têtes de roches, assèche de 4 décimètres, elle est signalée par une bouée placée au sud de la tête la plus élevée. Les caboteurs viennent quelque fois, avec des vents d’est et sud-est mouiller sous la côte de Mesquer vis à vis de l’anse de Beaulieu : ce mouillage se fait à petite distance de la terre, par des fonds de 3 mètres à 3,50 mètres..." (à suivre...)